Peinture de James Tissot
Jésus est pris de compassion pour les foules qui venaient à lui

Homélie du 14 juin 2026

Homélie 11ème dimanche ordinaire A - Messe de 11 h

Grande joie pour notre communauté que d’accompagner les enfants qui cheminent vers leur première des communions et qui, tout à l’heure, recevront la prière du « Notre Père ».

Le « Notre Père » : la prière des chrétiens, celle qui nous redit que nous sommes fils du Père, frère et sœur du Christ, dans la Joie de l’Esprit Saint.

Méditons ensemble, ce matin, l’Évangile : le regard de Jésus sur les foules et l’envoi des Douze en mission.

1) Un regard et un constat

Jésus se laisse toucher par ce que les gens vivent et traversent dans leur existence. Jésus nous connaît ; Il partage avec nous les joies et les peines, les espoirs et les désolations. Pour Lui, l’humanité est magnifique et Il ne peut se résoudre à voir les gens souffrir.

Alors, Il n’a qu’un seul désir : semer la vie, et une vie en abondance, pour qu’elle soit toujours humaine et spirituelle. Avoir la vie en abondance, c’est posséder une vie de relation avec Jésus et avec les autres, pour grandir en enfants de Dieu, dans la grâce de son baptême. C’est ce que le pape Léon XIV a voulu dire dans son encyclique « Magnifique humanité ! ». Et c’est le sens de notre célébration de ce matin, en recevant la prière du « Notre Père ». Cette prière jaillie du cœur de Jésus qu’Il nous a donnée comme un trésor pour toute notre vie chrétienne, à condition de garder précieusement notre relation à Dieu.

Aujourd’hui, nous le savons bien, la vie intérieure est menacée par l’envahissement des écrans qui nous connectent à tout, sauf à Dieu !  C’est difficile de rester tranquille dix minutes pour réfléchir, lire, prier. Nous le voyons bien, beaucoup d’enfants vivent en constante agitation, plongés dans une activité intense qui éparpille et qui fait tourner en rond sans jamais être satisfait. C’est cela, être sans repères, sans but, comme l’étaient les foules venues à la rencontre de Jésus.

2) Un diagnostic et un appel : « La moisson est abondante mais les ouvriers sont peu nombreux ». Alors Jésus appelle, car il y a du travail pour tout le monde. Mais Il appelle d’abord ceux qui sont près de Lui, et ils sont Douze.

Jésus appelle les Douze : chacun par son nom. Pour ce qu’ils sont. Ce ne sont pas des compétences qu’Il cherche, mais des personnes ordinaires, capables de partager sa mission, et d’accepter de vivre, ensemble, une vraie fraternité. Tous ont leurs défauts, leurs limites, et même leurs incompatibilités. Pourtant, c’est bien eux que le Seigneur rassemble pour faire advenir le Royaume de Dieu. 

Ils ont pour mission première de prendre soin de ceux qui sont autour de Lui et de tous les autres : les malades qui ont besoin d’être guéris, les déprimés qui ont besoin de « résurrection », les « possédés » en attente d’être libérés de leur dépendance, les désorientés et les abattus qui veulent retrouver la joie de vivre et la force de lutter contre le mal et le mal-être.

Les amis du Christ ont pour mission de ne jamais pactiser avec le mal, mais de devenir, avec le Christ, les artisans d’un monde réconcilié, unifié et pacifié, aussi proche que possible du Royaume de Dieu. Et cela, dans la gratuité de l’amour.

Avec nos enfants, frères et sœurs : laissons-nous regarder par le Christ avec compassion ; Il désire prendre soin de nous ! Notre appel consiste, d’abord et avant tout, à nous attacher à la personne du Christ, à Le fréquenter, L’accompagner et Le contempler. 

Laissons-nous toucher, émouvoir, à notre tour. Non pas être « blasés » ou désespérés par notre actualité, mais la regarder calmement pour comprendre et discerner avec intelligence et sagesse.  Les foules d’aujourd’hui ressemblent à celles d’hier : sans direction et sans trop savoir où aller. Comment demander au Seigneur la capacité de venir en aide à ceux qui nous entourent et aux autres ?  

Laissons-nous interpeller : est-ce que j’accepte, et désire réellement, donner au Christ une véritable place dans ma vie ? Est-ce que j’accepte de me laisser aimer, déplacer et déranger par Lui ? Est-ce que j’accepte qu’en reconnaissant mes propres fragilités ou vulnérabilités, je suis appelé à faire le bien et à oser le pari de l’amour ? Dieu a besoin de nous pour travailler à son œuvre. Et Il a besoin de nous parce que nous pouvons être signes de cet amour qui déborde et qui prend soin.

AMEN.

P. Patrice Marivin

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