Homélie de la fête de la Toussaint – 1er novembre 2026
Aujourd'hui la solennité de tous les saints que nous fêtons, est bien plus qu'une simple page du calendrier liturgique ou qu'un souvenir du passé.
C'est une explosion de lumière au cœur de l'automne, un immense cri d'espérance qui résonne dans nos cœurs. Regardons un instant autour de nous. Les saints ne sont pas des surhommes, des êtres qui seraient nés parés de toutes les vertus et d'une perfection inaccessible, ni des statues de marbre, figées dans le temps. Ce sont des hommes, des femmes, des jeunes, des vieillards, des enfants de toutes les époques, de toutes les conditions et de toutes les cultures. Ce sont des pèlerins qui nous ont précédés sur les routes du monde, qui, comme nous, ont connu le doute, la fatigue, les souffrances et les combats du quotidien.
Qu'ont-ils fait d'extraordinaire ? Ils ont simplement laissé la grâce de Dieu traverser leurs failles, guérir leurs blessures et guider leurs combats. Trop souvent, nous commettons l'erreur de reléguer la sainteté dans une vitrine lointaine réservée à une élite spirituelle. Pourtant, la fête d'aujourd'hui nous rappelle une vérité fondamentale : la sainteté est notre vocation à tous.
Le Concile Vatican II l'a rappelé avec force, tous les baptisés sont appelés à la plénitude de la vie chrétienne. Être saint, ce n'est pas faire des choses extraordinaires, c'est faire l'ordinaire avec un amour extraordinaire, comme le disait Thérèse de Lisieux ; c'est aimer là où nous sommes, avec les talents qui nous ont été confiés et souvent avec nos pauvretés et nos pardons à offrir chaque jour.
Dans l'Évangile, qui est proclamé en ce jour de Toussaint, Jésus nous livre la boussole de la vie réussie, les béatitudes qui sont, à y bien regarder, le véritable portrait-robot du Christ.
- Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des cieux est à eux.
- Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.
- Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.
Les saints sont précisément ceux qui ont pris ces paroles au sérieux. Ils ont compris que le véritable bonheur ne vient pas de ce que l'on possède, mais de ce que l'on reçoit et de ce que l'on donne. Ils ont su être pauvres, pour laisser Dieu être leur seule richesse, doux face à la violence du monde et assoiffés de justice et de réconciliation. Le livre de l'Apocalypse dont était tirée la première lecture, nous a offert une vision magnifique : une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, de toutes nations, tribus, peuples et langues, debout devant le trône et devant l’Agneau.
Cette image nous console et nous élargit le cœur dans cette foule Il y a les saints officiels que l'Église a placés sur ses autels, mais il y a aussi et surtout ceux que le pape François appelait « les saints de la porte d'à côté » :
- Ces grands-parents qui ont prié en silence pour leurs familles
- Ce voisin discret qui a su écouter sans juger, cette soignante dévouée à ses malades,
- Ces amis qui nous ont tendu la main dans nos traversées du désert.
Tous font partie de notre famille du ciel. Ils forment cette immense chaîne de solidarité, une communion des saints qui intercèdent sans relâche pour nous qui sommes encore en chemin.
Frères et sœurs, en célébrant la Toussaint, tournons notre regard vers l'avenir. Ne soyons pas paralysés par nos peurs ou par le sentiment de notre indignité. Les saints ne nous regardent pas du haut d'un piédestal de perfection pour nous juger. Ils nous tendent la main et nous encouragent à courir, nous aussi, vers la joie.
Demandons aujourd'hui au Seigneur, par l'intercession de tous les saints, la grâce de raviver notre espérance. Que notre vie quotidienne, nos familles, nos engagements soient toujours habités par cette lumière des béatitudes. Heureux sommes-nous, si à notre tour nous acceptons d'être là où nous vivons, ces petites étincelles de l'amour de Dieu.
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
Mgr Centène, évêque de Vannes