« Fils d’homme, je fais de toi un guetteur » !
Cher Jean, Cher Frère,
La communauté paroissiale de la cathédrale de Vannes, « hors les murs » (parce qu’en attente de retrouver les murs de sa maison), est heureuse de t’accueillir comme tout jeune prêtre et comme vicaire ! Sois le bienvenu chez nous !
« Fils d’homme, je fais de toi un guetteur » !
Cher Jean, la liturgie nous donne aujourd’hui un mot pour comprendre la mission que tu reçois, et ce à quoi tu es vraiment appelé. Dieu veut t’établir en guetteur.
Le prophète d’Israël est établi, dans ce passage d’Ézéchiel, dans un but très précis : « Prévenir ». Le guetteur doit scruter les signes avant-coureurs du danger afin d’avertir celles et ceux dont il a la garde pour qu’ils puissent sauver leur vie, en temps et en heure. Le prophète est un guetteur : il voit ou entend et il avertit, mais il ne contraint pas, il ne force pas, il n’ordonne même pas.
Pareillement, Dieu est un « guetteur-veilleur », et sa Parole s’adresse à l’intelligence, à la volonté et à la mémoire de chacun et chacune. Elle suscite la liberté de chacun, elle éclaire nos choix, nos décisions, mais ne s’impose pas.
Le prêtre est un guetteur au service du peuple auquel il est envoyé. Le Dieu qui établit le prophète en guetteur compte sur celui-ci pour être le relais de sa Parole ; Il lui demande de ne pas la trahir, c’est bien le moins, mais surtout, Il lui demande de la servir. Dieu ne demande pas au guetteur qu’il tonne, qu’il tempête ou qu’il fulmine. Il attend de lui qu’il se serve de son intelligence et de son cœur !
Voici notre communauté ! Cher Jean, il te faudra écouter, beaucoup écouter. Entrer dans l’histoire de notre paroisse. Avec la grâce du Christ, tu trouveras les mots qui touchent, les gestes qui encouragent, les attitudes justes qui donnent goût et Espérance. Un Pasteur selon le Cœur de Dieu !
Frères et sœurs, en entendant aussi l’Évangile, vous avez compris que nous avons tous à être des guetteurs les uns pour les autres. « Si ton frère a commis un péché contre toi ». Chacune et chacun, dans le peuple rassemblé par Jésus, est appelé à avertir l’autre. Nous sommes des frères et sœurs, donnés les uns aux autres, pour vivre ensemble d’une manière qui nous unisse toujours davantage les uns aux autres.
Cher Jean, tu découvriras qu’une bonne part du ministère sacerdotal se passe à raffermir tel ou tel qui a été blessé ou attristé dans une activité de l’Eglise. Saint Augustin, au IVe siècle, se plaignait déjà du temps qu’il passait à régler les questions de frustration. Ne pas être suivi, avoir le sentiment de ne pas avoir été compris est parfois bien douloureux.
Que demande Jésus à ses frères et sœurs qui s’offensent mutuellement ? Qu’ils continuent de se considérer comme frères et sœurs. Qu’ils s’avertissent mutuellement de leurs offenses, qu’ils aillent chercher patiemment, inlassablement la droiture et la vérité qui rend libre. Qu’ils ne doutent jamais que le chemin de l’unité puisse être retrouvé et qu’il vaut la peine d’en chercher les voies nouvelles.
L’unité dans laquelle nous sommes appelés à vivre est une communion qui assume tous les motifs de division, à condition de toujours chercher à les surmonter.
Il s’agit de faire en sorte que nos gestes et nos attitudes soient calqués sur ceux du Christ. Nous croyons, qu’en Jésus de Nazareth, Dieu s’est réconcilié le monde et qu’Il a confié à son Église le ministère de la réconciliation, c’est-à-dire faire advenir un monde nouveau : monde de justice et de fraternité.
C’est une mission qui demande qu’on y mette toutes ses forces ! Confucius, six siècles avant Jésus-Christ, disait : « Plutôt que de passer ton temps à maudire les ténèbres, allume donc une bougie dans la nuit ».
Il faut choisir entre « tricoteurs » et « démailleurs ». Ou bien, on essaie, maille après maille, de tricoter un beau vêtement, ou bien, on passe son temps à détricoter, à démailler ; c’est un choix de vie : ou on fait des nœuds, ou on dénoue.
« Fils d’homme, je fais de toi un guetteur ! » !
Avec le Père Jean qui nous est confié, soyons ensemble, sous le regard de l’Esprit Saint, des « guetteurs d’Espérance » et des bâtisseurs de paix, pour consoler, réparer, restaurer et nous encourager à vivre notre foi avec humilité et droiture, à l’image de Jésus qui est doux et humble de cœur. AMEN.
P. Patrice Marivin