20e dimanche ordinaire, année A
J’aime bien cette Syro-Phénicienne ! Pas vous ?
Une femme, une battante et une résistante ! Le courage de la foi !
Quelle grâce de méditer cet Evangile au lendemain de la fête d’une autre femme, la Vierge Marie.
Tentons de saisir !
La scène se déroule au nord du lac de Tibériade, non loin du Liban, aux frontières d’Israël. Cette femme n’est pas juive et elle va sortir de son territoire. Comme si elle sortait de ses limites. De fait, ce qu’elle demande est au-delà des capacités humaines : expulser un démon ! Son parcours géographique est le symbole de sa demande spirituelle : trouver, hors de son territoire, quelqu’un qui peut sauver son enfant.
Elle s’adresse à Jésus avec une expression qui ressemble à celle de l’aveugle de Jéricho : « Aie pitié de moi, Fils de David ! ». L’homme de Jéricho était juif, pas cette femme. Elle acquiesce au code judaïque pour demander !
- Une demande de miséricorde, adressée uniquement à Dieu, pas à un homme.
- Un cri vers « le Fils de David », qui est une expression judaïsante.
- Et un appel pour sa fille, rien que pour elle.
Cette femme représente plus qu’elle-même. À elle seule, elle est un peuple, elle est un monde, le monde des chercheurs de Dieu !
Elle nous apprend aussi que la vie de foi n’est pas un rapport d’intérêt, mais une adoration et une reconnaissance !
Elle nous apprend le courage et la ténacité. On pourrait penser que Jésus teste cette femme et qu’il est presque pris en flagrant délit d’intolérance et de mépris ! NON !
En même temps que le courage et l’abnégation de la foi de cette femme, Jésus fait œuvre de pédagogie. Comprenons bien !
Dans cet épisode, Jésus prépare l’entrée des autres peuples dans l’Alliance. Il est venu en premier pour les « brebis perdues d’Israël ». Israël, ce sont les Juifs, ceux qui se réfèrent à l’enseignement de Moïse, ce sont les disciples, les apôtres. Il y a l’heure d’Israël, puis il y aura l’heure des païens. Entre les deux, il y aura l’heure de la Croix pour rassembler Juifs et non-Juifs. Chaque chose en son temps… Il y a un commencement : la Parole donnée à Israël. Il y a une fin : la Parole donnée à tous. Pour l’heure, c’est le temps de l’épreuve de la foi, de la profondeur et de la justesse de la foi pour cette femme et les nouveaux appelés.
Et cette femme insiste et revient à la charge…
Et le temps des miettes est là… À travers cette épreuve, ce temps des miettes est quasi terminé ! L’humilité, voire l’humiliation, de cette femme au courage sans nom, a montré qu’elle avait une vraie conscience de la foi : elle ne considère pas que Jésus lui doit quelque chose, elle accepte de se contenter des miettes du Festin que Dieu a préparé pour Israël. Sa fille va guérir, car sa foi est vraie, sa foi est immense.
Merci, chère Syro-Phénicienne. Tu nous donnes trois repères pour notre foi :
- Accueillir la Parole, non comme des miettes, mais comme un vrai repas, une véritable nourriture qui apaise et réconforte.
- Accepter que la foi puisse aussi naître d’une épreuve qui n’est pas la même pour tous, mais qui vérifie notre profondeur intérieure.
- Enfin, il faut beaucoup d’humilité pour construire en nous un être croyant !
Jésus, donne-moi la foi de cette femme. AMEN.
P. Patrice Marivin