Princesse, duchesse et carmélite

Née princesse,  promise en mariage à l'âge de 4 ans, mariée à 15 ans, veuve à 30 ans sans enfant, Françoise d'Amboise entre, 11 ans plus tard, dans la vie religieuse et meurt à 58 ans dans l'ordre du carmel dont elle contribua à poser les fondations à Vannes. 

C'est pourquoi, il nous a semblé important de retracer l'histoire de sa vie, puisque la cathédrale de Vannes garde le souvenir de sa présence dans un magnifique vitrail que l'on peut admirer dans la chapelle Saint Gwenael. 

Enfance à la cour des Ducs de Bretagne

Françoise voit le jour en pleine guerre de Cent ans, au château de Thouars le 9 mai 1427. Fille du très riche seigneur Louis d’Amboise et de Marie de Rieux, elle est confrontée très tôt aux intrigues et complots du royaume. L'un d'eux vise la Trémouille, puissant favori du Roi, Charles VII.
Louis d'Amboise est arrêté comme complice, jugé et condamné à la prison à vie.  Un conseil de famille réuni autour du comte Arthur décide que Françoise sera donnée en mariage au fils aîné du Duc, Pierre ; Françoise deviendra princesse bretonne ; elle a seulement 4 ans et Pierre en a 12 !
Marie de Rieux accepte la séparation d'avec sa fille qui est conduite quelques mois plus tard au château de l'Hermine à Vannes où le Duc, la Duchesse Jeanne et toute la Cour accueillent l'enfant avec joie.
La duchesse se fait l'éducatrice de sa future belle-fille et en fait une princesse accomplie, dévote, cultivée, prête pour les tâches qui lui seront confiées.

Françoise et Saint Vincent Ferrier

La Duchesse Jeanne avait accompagné Vincent Ferrier, le saint dominicain lors de ses prédications en Bretagne et l'avait assisté à l'heure de sa mort, à Vannes. Elle le tient en grande vénération et inculque à Françoise la même vénération ; elle lui lèguera le chapelet du saint à sa mort et de fait, Françoise se chargera plus tard de mener à bien le procès de canonisation du thaumaturge espagnol.

1442 : Comtesse de Guingamp

L'année 1442 est une date importante dans la vie de la jeune princesse. Son beau-père, Jean V décède, laissant le gouvernement du duché à François, le fils aîné. Cette même année, elle a 15 ans et se marie avec Pierre, comte de Guingamp le 2 décembre 1442.
Un mois plus tard, ils s'en vont tous les deux en voyage de noces et font pèlerinage. Ils se rendent d'abord à Notre Dame du Folgoët, dont la basilique fut édifiée grâce aux libéralités de leur père et beau-père. Poursuivant leur route ils arrivent à Morlaix où ils s'y arrêtent naturellement, car la chapelle Notre Dame des Fontaines, (lieu d'implantation du carmel actuel) a été achevée 20 ans plus tôt, grâce aussi aux libéralités du duc Jean V.
Après cela, le couple visite les seigneuries de Châteaulin, de Fouesnant et de Rosporden.
Mais, de retour à Guingamp, Françoise n'a pas la vie facile. Pierre est de caractère ombrageux, nerveux et brutal. Un jour, il s'emporte violemment contre elle jusqu'à la battre. Françoise tombe malade, déprime. La gouvernante réussit à force de patience et de douceur à apaiser Pierre. Celui-ci tombe aux pieds de son épouse et lui demande pardon. La jalousie fait place à une vraie confiance pour les années à venir.

1450 : Duchesse de Bretagne

Le règne du fils aîné, François, sur le trône ducal est de courte durée ; sa mort, en 1450, fait de Pierre et de Françoise Duc et la Duchesse de Bretagne. Françoise devient la conseillère de son mari dans le gouvernement du duché et son influence est très bienfaisante. Sa droiture, sa justesse de vue et son dévouement pour les malades sont unanimement reconnus.
Mais 7 ans plus tard, en 1457, Pierre meurt également, sans héritiers. La couronne passe à Arthur de Richemont, leur oncle.
Françoise, veuve et sans enfants, est alors libre de tout engagement ; elle a 30 ans et forme le projet d'entrer dans la vie religieuse. Le nouveau duc y est profondément hostile et son père, Louis d'Amboise, menace de la déshériter.
Françoise attend son heure. L'année suivante, la délivrance arrive avec la mort du Duc Arthur.

1463 : Fondatrice du premier carmel féminin et carmélite

Le chemin de la jeune femme s'éclaire avec la rencontre, à Nantes, du Prieur Général des Carmes, Jean Soreth. Au terme de leurs entretiens, Françoise se tourne vers l'Ordre du Carmel et se détermine à fonder un carmel féminin à Vannes.
Elle-même y entre en 1468 à 41 ans.

9 ans plus tard, elle fonde un second carmel aux Couets, à Nantes ; elle en sera la Prieure très aimée jusqu'à sa mort en 1485.
2 autres carmels « amboisiens » verront le jour à Ploërmel et Rennes, au 17è siècle.
Un siècle plus tard, Thérèse d'Avila reprendra, parfois pour les pousser plus loin, les intuitions du premier carmel féminin dont Françoise d'Amboise demeure une initiatrice et une éclatante figure.

La vénération que lui porte le peuple breton conduit à la reconnaissance officielle de son culte par l'Eglise : Pie IX la déclare bienheureuse en 1863.

A Vannes, nous nous souvenons qu'elle fut la fondatrice du premier carmel féminin en Bretagne.

Le parcours de sa vie a quelques similitudes avec celle de Louise-Elisabeth de Lamoignon (Mme Molé, Mère Saint-Louis),  trois siècles plus tard.

En effet, toutes les deux ont traversé leur temps et leurs épreuves, en se laissant guidées par le Souffle de l'Esprit qui les firent passer de la vie de cour à la vie religieuse.

Cela les rend toutes les deux, très chères à nos coeurs.

punaise goldEn savoir plus : Lire « Françoise d'Amboise, Duchesse et Carmélite » par Abbé Joseph Trochu (1984)

Le tombeau de saint Vincent Ferrier, qui se trouvait depuis 1956 dans la chapelle rotonde Daniélo, appelée Tour Renaissance, vient de retrouver son emplacement précédent, après d'importants travaux commencés en novembre 2017.
Ces travaux ont été réalisés en vue des cérémonies liées au 600è  anniversaire de la mort du saint qui se sont déroulés entre mars 2018 et juin 2019.
Ainsi, les reliques de saint Vincent Ferrier, jusqu'alors présentées dans la rotonde Daniélo, se trouvent désormais dans le bras Nord du transept. En outre la tapisserie présentant plusieurs scènes de la vie de saint Vincent Ferrier est exposée au public certains mois de l'année. La plupart du temps, une tenture de velours la protège des rayonnements du soleil. (Photo VisualFx)

tapisserie svf over

RAPPEL HISTORIQUE

Saint Vincent est né à Valence en Espagne le 23 janvier 1350, dans une famille très chrétienne. Tout jeune encore, Vincent s'est senti appelé à devenir prêtre et frère prêcheur. Il étudie la logique, la philosophie, la théologie, la bible qu'il apprend par coeur. Il aime fréquenter les églises, prier longuement, tout en menant une vie de travail très austère.

A 17 an180px_st_vincent_ferriers, il entre chez les Dominicains de Valence, et prononce ses premiers vœux religieux à 18 ans. Sa formation intellectuelle étant très solide, ses supérieurs le nomment professeur de ses frères dominicains. Il connaît le latin, l'hébreu, la physique. Il poursuit ses études à Barcelone, à Toulouse, à Paris. Intelligent et travailleur, il obtient tous les grades universitaires en usage à son époque, et le doctorat en théologie. Il est enfin ordonné prêtre à Valence en 1378 : il a 28 ans.

A cette époque (1378-1415), l'Eglise d'Occident est divisée entre trois papes rivaux, l'un à Rome, l'autre à Avignon, un troisième à Pise. Saint Vincent est appelé à Avignon auprès de son ami Pedro de Luna élu pape, sous le nom de Benoît XIII,. Conscient du danger de ce schisme désastreux pour l'Eglise, saint Vincent travaille sans relâche à y mettre fin.

C'est aussi l'époque de l'interminable guerre de Cent-Ans (1337-1453) entre les rois de France et d'Angleterre, ravageant les campagnes et entrainant une affreuse misère matérielle et morale. Ajoutez à cela une terrible épidémie de peste noire, venant d'Asie et faisant des ravages considérables en Italie, en Espagne et en France.
A partir de 1399, saint Vincent, dûment mandaté par le pape, parcourt les routes d'Espagne et de France, pour appeler à la réconciliation, à la paix, exhorter les chrétiens à être fidèles à leur baptême, inviter chacun à se purifier la conscience. Il va de ville en village, prêchant inlassablement la conversion des moeurs. Il parcourt ainsi l'Aragon, la Castille, le Léon, descend jusque chez les Maures d'Andalousie, remonte vers le nord, franchit les Pyrénées, évangélise Toulouse, le Massif Central, la Bourgogne, la Franche-Comté, la Savoie, la vallée de la Loire.

Invité par le duc Jean V, il entreprend un grand tour de Bretagne à partir de 1418.

Il arrive en Bretagne le 18 mars 1418, prêche à Nantes, Vannes, Redon, monte à Rennes, Avranches, Bayeux, Caen, redescend à Dol, St-Malo, Quintin, St-Brieuc, Tréguier, St-Pol de Léon, Quimper, Guémené sur Scorff, Pontivy, retourne à Nantes.

Au cours de ses périples, il attire dles foules nombreuses par des prêches en plein air où il bénit et guérit des malades et appelle la foule à se convertir,

Il revient à Vannes un an plus tard, en mars 1419, épuisé d'avoir tant marché et de tant prêché.

mort vincent ferrierSentant sa fin prochaine – il a 69 ans – il désire revoir son pays natal de Valence pour y mourir. Mais une tempête sur le golfe du Morbihan force son embarcation à revenir à Vannes. On loge Vincent dans une petite maison située place Valencia, à deux pas de la cathédrale.

C'est là qu'après quelques jours d'agonie il termine son parcours sur cette terre, le 5 avril 1419.

La ville de Vannes et toute la région lui font des obsèques très solennelles dans la cathédrale, car on le considère comme un saint, tant il a fait de miracles, même après sa mort. Son tombeau, depuis 1419, a plusieurs fois changé de place : dans la crypte sous le chœur, dans la chapelle axiale, dans le transept nord, dans la rotonde Daniélo.  et en  2018 il rerouve le transept nord.

En visitant la cathédrale de Vannes, recueillez-vous et priez.

Demandez à Dieu par son intercession une foi inébranlable, une espérance invincible, une charité débordante, et la grâce de la fidélité à votre baptême.

La tapisserie d'Aubusson déployée derrière le tombeau, offerte en 1615 par l'évêque Jacques Martin, représente quelques uns des miracles de saint Vincent, et la scène de sa canonisation en 1455. Un grand tableau du 17ème s., à l'entrée de cette chapelle, montre son entrée à Vannes en 1418 et la guérison d'un paralytique. D'autres grands tableaux le montrent prêchant aux Musulmans d'Espagne, et rendant la vie à des morts. On le voit sur le vitrail du transept nord, trompette à la main, annonçant le jugement de Dieu et la victoire du Crucifié.

Dans ses statues, il tient dans sa main gauche le livre des évangiles, qu'il ne cesse de méditer et de prêcher et pointe l'index de sa main droite vers le ciel. C'est ainsi qu'il accueille les visiteurs au portail de la cathédrale. Il domine le tabernacle de la chapelle du chevet, lieu de la Présence eucharistique et de la prière silencieuse. Il se tient aussi à l'extérieur, sur la porte des remparts donnant sur le port, sur une maison place Valencia, et ailleurs encore.

 Photos de la nouvelle chapelle Saint Vincent Ferrier

Prêtre, martyr de l'Eucharistie

Pierre René est né à Vannes le 11 juin 1758 rue de la Monnaie (près de la place des Lices). Il est baptisé ce jour-là à la cathédrale.
- Son père meurt en voyage et ne verra pas son fils. Sa mère s’installe 31 place des Lices.
- A 17 ans il achève des études brillantes au collège St Yves (aujourd’hui le collège Jules Simon).
- En 1776, il entre au Grand Séminaire (le Foyer du Mené actuel ). Pour se rendre à la cathédrale, on avait percé pour les séminaristes la porte St Jean. Ce Séminaire est confié aux Lazaristes (Congrégation de la Mission) depuis 1702.
Cette communauté de prêtres a en charge la paroisse Notre Dame du Mené.

Le 21 septembre 1782, Pierre René Rogue est ordonné prêtre dans l’église de Notre Dame du Mené par Mgr Sébastien Michel Amelot.

  •   Il devient aumônier de la Retraites des Femmes.
  •   Il entre dans la Congrégation de la Mission (disciples de St Vincent de Paul) le 25 octobre 1786.
  •   En 1787, il est nommé professeur de théologie au séminaire de Vannes.

En 1789, la Révolution éclate…

Les prêtres hésitent devant les serments successifs qu’on leur demande. Pierre René, comme théologien, tient bon.

  •  Le 16 décembre 1790, sous l’inspiration de Pierre René Rogue, Mgr Amelot convoque ses diocésains à Ste Anne d’Auray pour leur demander d’obéir plutôt au Pape qu’à l’Etat. Les prêtres de Vannes refusent donc le serment.
  •  Le 14 février 1791, le supérieur du séminaire étant forcé de quitter Vannes, Pierre René prend la responsabilité de celui-ci. Le 28 février, l’évêque est arrêté et mis en prison. Le 27 mars Mgr Lemasle est élu évêque du Morbihan.

Pierre René quitte le séminaire qui est vendu.

La clandestinité

- Le 30 avril 1791, la paroisse ND du Mené est supprimée.
Huit mois plus tard, le 2 janvier 1792, Pierre René se réfugie chez sa mère. Désormais, il entre peu à peu dans la clandestinité. Il change souvent de domicile pour pouvoir exercer discrètement son ministère.

Son arrestation

- Le 24 décembre 1795, vers 21h, Pierre René, est arrêté alors qu'il portait le viatique à un malade, 9 rue Emile Burgaut, non loin de la cathédrale. Il est aussitôt emprisonné Porte Prison. Durant son incarcération, il trouve la force de redonne du courage à ses compagnons.
Deux mois plus tard, le 2 Mars 1796, il est condamné à mort comme «prêtre réfractaire», en présence de sa mère, dans l’église Notre Dame du Mené transformée alors en Tribunal révolutionnaire.

Son martyre

- Pierre René accueille la sentence avec sérénité. La nuit précédent son exécutionautel-pr-rogue sera pour lui une nuit de prière.
- Le 3 mars, il est guillotiné sur la place de l'Hôtel de Ville, face à la chapelle St Yves, (avec son ami Alain Robin).
Des linges trempés de son sang deviennent aussitôt des reliques, et sa tombe, un lieu de pèlerinage et de grâces.

Le 10 mai 1934, Pierre-René Rogue est béatifié comme Martyr de l'Eucharistie. Depuis lors, son corps repose dans la cathédrale.

10 mai 2014
Dans le cadre de la Nuit des Cathédrales,  l'Association des Amis de la Cathédrale (anciennement l'ARC), a tenu à faire mémoire du Père Pierre-René Rogue, dont c'était, jour pour jour, le 80è anniversaire de la béatification. A cette occasion, M. Pierre Bléher a donné une conférence retraçant le parcours de ce prêtre vannetais, qui fut victime, comme bien d'autres, des excès de la révolution française, au point de périr sur l'échafaud en témoignant de sa foi.
Cette conférence est téléchargeable (Format PDF - 7 pages) : Pierre-René Rogue, le maquisard de Dieu

Petit rappel historique

A la veille de la Révolution de 1789, le pays essentiellement rural qu'est la Bretagne connaît des difficultés climatiques qui touchent particulièrement la France à cette époque (gel, sécheresse ou grêle). Par ailleurs, les idées philosophiques préconisant le changement de société trouvent un écho de plus en plus favorable. Enfin, si dans d'autres provinces les vocations religieuses sont déjà en baisse, le clergé breton reste particulièrement solide, car bien formé dans les séminaires, et soutenu ensuite par des retraites ou des visites pastorales. De plus, il joue un très grand rôle dans le peuple des campagnes dont il fait d'ailleurs partie en grande majorité.

Des réformes à la Révolution

Ce bouleversement sans précédent va perturber le pays pendant plus de dix ans. Et à divers degrés. Au départ, on souhaite surtout mettre fin à la monarchie absolue et instaurer une constitution, dialogue entre le roi et le tiers-état. Mais très vite, les nouveaux dirigeants veulent aller plus loin. Le clergé est d'abord soumis à des réformes juridiques (paiement des prêtres par l'État, redécoupage des diocèses). Mais ces réformes touchent rapidement aux structures mêmes de l'Église catholique et à la suprématie du pape. C'est tout le drame de la constitution civile du clergé qui fut votée en juillet 1790.
En Bretagne, le clergé était prêt à participer à certaines réformes sociales, surtout lorsqu'elles touchaient le sort des fidèles. Mais, dès le mois de mai 1790, de nombreux ecclésiastiques adressent par écrit à l'Assemblée Nationale, une protestation qui traduit leurs réserves et leurs soucis face aux nouvelles mesures : les neuf diocèses regroupés en cinq départements, l'élection des curés et des évêques, le serment de fidélité à l'État des prêtres devenus fonctionnaires publics.
Le risque était grand de faire de l'Église de France une Église nationale contrôlée par l'État, voire au service de l'État, comme cela avait été le cas, parfois, au cours de l'histoire.
Bientôt, la réticence devient résistance : l'évêque de Rennes refuse d'investir le nouvel évêque élu de Quimper, et les curés s'abstiennent de lire et de commenter en chaire les décrets de la Constituante, comme il leur était demandé de le faire.

Jureurs et réfractaires

Devant cette attitude, qui existait aussi en d'autres provinces, l'Assemblée Nationale se décide à sévir et condamne tous ceux qui refusent le fameux serment. C'est là l'origine de la division du clergé entre « jureurs » et « réfractaires ». Les premiers sont très mal vus par la population qui les dénigre ou se montre hostile à leur égard. Les seconds deviennent hors-la-loi, passibles de mort à partir de 1793. Ils forment pourtant la majorité du clergé breton (80 %) et sont soutenus par les fidèles, excepté évidemment les « patriotes » (partisans de la République) qui sont du reste minoritaires.
Traqués, les réfractaires vivent dans la clandestinité et célèbrent les sacrements en cachette. Certains peuvent calmer les réactions violentes des paysans contre les assermentés.

La guerre civile

Mais le schéma s'est imposé : désormais on associe roi et catholicisme, république et persécution chrétienne. Désormais, on est blanc (favorable aux premiers) ou bleu (favorable aux seconds). C'est une véritable guerre civile qui s'engage à l'exemple de la Vendée. Et lorsqu'on vient mobiliser les Bretons pour aller combattre les armées autrichiennes qui envahissent l'Est de la France, c'est par l'insurrection qu'ils répondent.
Naît alors la chouannerie.

A partir de 1793, la Convention proclame le culte de la déesse Raison et abolit le calendrier traditionnel. La déchristianisation est poursuivie jusque dans les églises où ont lieu des profanations. Les cathédrales de Quimper et de Tréguier sont saccagées, la population doit démonter croix et calvaires pour éviter leur destruction. Plusieurs dizaines de prêtres sont fusillés, guillotinés ou noyés dans la Loire.

Le Concordat et la «Petite Église »

Lorsque Bonaparte prend le pouvoir en 1799, il tente, entre autre, de pacifier les relations avec l'Église. Trois ans plus tard, est proclamé le Concordat (accord officiel entre le pape et l’Etat). Peu à peu, la situation religieuse se « normalise » presque partout en France. Cependant, un noyau dur résiste et s'organise en dissendence sous le vocable de  la « Petite Église ». Elle rassemble quelques prêtres et fidèles sutout en Vendée et dans les Deux-Sèvres. Elle existe encore aujourd'hui mais est très marginalisée, car les jeunes générations rejoignent progressivement la communauté catholique.

Le Cardinal Amato, assisté du Cardinal Poupard et de Mgr Centène, a conféré à Louise-Elisabeth de Lamoignon, veuve Molé et en religion, Mère Saint-Louis le titre de bienheureuse au cours d'une célébration émouvante qui s'est déroulée sur le parvis du Port de Vannes le 27 mai 2012, en la fête de la Pentecôte.
Cet évènement extraordinaire mérite que l'on relise la biographie de cette "grande dame", dont l'itinéraire de vie ne fut, ni simple, ni ordinaire. Voici donc à grands traits, une synthèse rédigée à partir du livre de Paula Hoesl (éditions SPES 1958).

L’enfance de Louise-Elisabeth de Lamoignon

Marie-Louise Elisabeth de Lamoignon nait le 7 octobre 1763 à Paris, son père est alors Garde des Sceaux de la France sous Louis XVI. Elle a trois sœurs et 4 frères. Elevée dans une famille aristocratique, elle reçoit une bonne instruction.

« Tenez-vous droite » est, à l’époque, le premier mot de l’éducation des petites filles. A 7 ans elle écoute plus qu’elle ne parle, dit sa mère qui tient salon et reçoit des grands de ce monde. Louise-Elisabeth côtoie ainsi les meilleurs intellectuels de Paris qui lui assurent une puissance de travail dans la rigueur d’une pensée juste.

A 15 ans elle est demandée en mariage par son cousin François-Edouard Molé qui a 19 ans. Elle n’a pas à dire oui ou non, mais elle considère que ce fut un bon choix. « Mes parents m’unirent à l’homme le plus vertueux et le meilleur qui soit »

Comtesse Molé est un beau nom, auquel est associé une grosse fortune celle des Champlâtreux. Bien vite la maternité l’épanouit. Entre 1781 et 1789 elle met au monde 4 enfants dont 2 seulement arriveront à l’âge adulte : Louis-Mathieu et Félicité.

La vie mondaine de Madame Molé de Champlâtreux

Dans le Paris de l’époque la mode est à la charité depuis que Vincent de Paul, aidé de Louise de Marillac a ouvert des orphelinats ; mais les philosophes préfèrent parler de philanthropisme.

La vie de Madame Molé est mondaine. Les honneurs, les richesses, les biens temporels, tout concourt à mettre entre parenthèses l’éducation religieuse qu’elle a reçue. La vie est là avec ses douceurs, ses mille tentations dans une société riche et oisive. La capitulation lente de sa conscience, la descente insensible dans l’obscurité de la médiocrité la rend sourde à la voix intérieure. Mais peu à peu elle comprend que les richesses et les honneurs ne sont que des ombres qui, au lieu de rassasier, irritent les passions sans jamais procurer le bonheur. Plus tard en relisant sa vie, Louise-Elisabeth avouera que cette époque de sa vie fut un désastre spirituel.

1789, Révolution française et conversion spirituelle.

En 1789, la Révolution française sème le trouble à Paris et les incidents se multiplient avec leur cortège de violences. M. de Lamoignon, le père de Louise-Elisabeth est assassiné.

Mgr de PancemontLe 21 septembre 1790, mue par une voie intérieure, Louise-Elisabeth pousse la porte de l’église saint Sulpice où un nouveau curé vient d’arriver, M. de Pancemont. Elle s’agenouille dans un confessionnal. Elle y entre pécheresse elle en ressort convertie à l’Amour de Dieu retrouvé. Après cette conversion, rien ne pourra désormais la séparer de l’amour de Dieu. Pourtant les épreuves qui l’attendent seront dures et cruelles. La naissance d’une petite Louise en 1791, la comble de joie, malgré le climat délétère qui règne à Paris.

Hiver 1792, il fait moins 18°: miséreux, pauvres hères, vagabonds, mendiants se pressent dans les rues. La vie est impitoyable. Louise-Elisabeth qui retrouve l’ardeur de la prière, change de style de vie. Elle abandonne la coquetterie vestimentaire de l’aristocratie et adopte une tenue simple dépourvue de tous bijoux. Son mari se moque un peu d’elle « Vous ressemblez à une soubrette, mais votre beauté n’en est pas altérée. »

La transformation spirituelle de madame Molé n’est pas une façade. Aussi puisque l’amour vit de partage, son époux François-Edouard en reçoit l’usufruit puisque l’amour de Dieu est fait pour sceller l’amour humain.

1792, les Saturnales de l’horreur commencent. Louise-Elisabeth a 29 ans. Les queues d’affamés s’agglutinent toujours aux portes des boutiques, on manque de pain de sucre de savon. En 1793, le trône royal est abattu. La Comité de Salut public sème sa terreur et les insurrections se succèdent. Les périls sont grands pour les aristocrates. La famille Molé refuse de fuir en Angleterre car on n’emporte pas sa Patrie à la semelle de ses souliers.

La souricière des insurgés se referme sur eux ; le couple est arrêté et emprisonné. Louise-Elisabeth tombe malade et frôle la paralysie, ses jambes ne la portent plus. Quelques jours plus tard elle est libérée tandis que de la fenêtre de sa prison François-Edouard voit passer les charrettes qui conduisent les prisonniers vers la Guillotine. Il reconnaît des visages amis. Malgré les lettres de supplications de son épouse, son tour arrive bientôt.
1794, un après-midi du 20 avril, jour de Pâques, il monte à l’échafaud grave et résigné. Son épouse le crucifix dans les mains a passé toute la nuit en agonie dans les larmes et les prières. Veuve à 30 ans, ce soir-là elle fait le vœu de se consacrer à Dieu.

Douleur et chagrin, faim et misère, isolement

Mais le choc est trop brutal, Louise-Elisabeth croit mourir de chagrin. Son fils ainé Mathieu prend la direction des choses malgré son jeune âge, il a 12 ans. Il voit arriver les commissaires du Peuple chargés de l’inventaire de l’hôtel familial des Molé devenu propriété de la Nation. On s’éloigne d’eux comme des pestiférés. Louise-Elisabeth contrainte de quitter son logement réquisitionné, réussit à trouver une mansarde lugubre au troisième étage sous les toits, sans meubles sans argent et avec pour tout bagage une mauvaise paire de draps. Elle découvre à son tour la misère, la faim et le manque. Pourtant au milieu des ces terribles épreuves, et des plus dures afflictions, elle ressent la fournaise du cœur de Dieu qui ne l’abandonne pas. Elle dit : « je sens bien qu’une puissance surnaturelle agit en moi. ».

Quelques temps en plus tard, en 1795 une période de paix s’annonce pour la famille Molé. Grâce aux démarches faites par M. Martin elle part au château de Méry-sur-Oise qu’on lui a restitué. M. Martin deviendra un ami de la famille et le précepteur de Mathieu.

L’histoire continue, la chute de Robespierre fait passer un souffle d’allégresse dans Paris. Partout l’église traquée sort des ses cachettes. La loi Nivôse rétablissant la liberté des cultes, provoque une renaissance religieuse en raz de marée. Les oratoires se multiplient trop petits pour la ferveur des fidèles.

Mais les prêtres réfractaires, (qui ont refusé de prêté serment à la constitution) restent toujours menacés et se cachent. M. de Pancemont profite du temps que son isolement lui impose pour réfléchir. Car il sait, grâce à l’optimisme de sa foi, que la tourmente passera et qu’il faudra bien un jour tout restaurer dans le Christ. Devenu directeur spirituel de Mme Molé sa fidèle paroissienne, il voit déjà en elle une âme exceptionnelle capable de conduire d’autres personnes dans les voies de la sainteté.

Devant la misère humaine et morale qui s’étale autour d’elle, Louise-Elisabeth prie. « Mon pays m’a persécutée et je l’ai haï, dit-elle. Mais mon cœur a puisé dans l’amour du Christ une soif dévorante de pardon. » Elle poursuit en disant : « Je donnerai ma vie pour aimer ». Cette générosité est déjà le ruissellement de la charité du Christ.

D’une manière inattendue, la Convention lui vient en aide. La loi Prairial restitue aux familles des condamnés leurs biens mis sous séquestre. Heureuse pour ses enfants elle entrevoit dès lors la possibilité de se libérer des soucis de l’intendance quotidienne.

Renaissance entre les bras de Dieu

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Au cours de l’été 1795, M. de Pancemont adresse à Mme Molé une liasse de documents sur les Ordres religieux et monastiques depuis les origines, en lui demandant d’y puiser, avec la grâce de l’Esprit-Saint des idées en vue de fonder une institution religieuse adaptée au monde de son temps. Elle se jette dans ce travail avec ardeur, mais comme c’est Dieu seul qui donne la Lumière, elle doit à maintes reprises reprendre ses recherches, avec l’aide de son maitre spirituel qui exige d’elle un ajustement constant à la grâce. Cette institution doit servir la gloire de Dieu et non pas ses ambitions personnelles.

La Convention révolutionnaire tire à sa fin avec de nouvelles élections qui surexcitent les esprits et les espoirs des royalistes qui ne veulent toujours pas se résoudre à abdiquer. Mme Molé rentrée à Paris s’abonne au Courrier Républicain qu’elle n’hésite pas à faire lire à son curé M. de Pancemont. Petit à petit la frayeur n’a plus d’emprise sur elle. Pourtant le décès de sa petite dernière Louise âgée de 4 ans la submerge de chagrin, mais sans repli sur elle-même.

Elle reste ouverte à toutes les détresses qui frappent à sa porte. « Dieu est un ouvrier invisible Il agit sans qu’il y paraisse » La foi est le seul remède dans les temps de sécheresse. « Je dis la foi, et non le goût et non la raison et non les efforts. Je dis la foi toute nue, par laquelle notre âme se met entre les bras de Dieu. » Sans l’aide et la rigueur de M. de Pancemont elle se serait égarée dans une fausse spiritualité.

Les mois passent, Mathieu âgé de 15 ans se marie avec Caroline de la Briche, mais ce sera un mariage houleux, qui inquiètera sa mère toute sa vie.

Le Concordat, la paix civile retrouvée

Le dimanche de Pâques 1802, le bourdon de Notre Dame muet depuis plus de 10 ans s’ébranle dans le ciel de Paris. Les gens sortent des maisons pour mieux l’entendre, s’embrassent dans les rues, les larmes aux yeux dans la joie de la résurrection du Christ et de l’Eglise de France. Tout monde court à la cathédrale où un Te Deum va être chanté en l’honneur de la ratification du Concordat. Les troupes rangées le long des quais attendent l’arrivée du Premier Consul Bonaparte. L’immense vaisseau de Notre Dame enfin retrouve vie. Au cours de la première semaine, vingt sept évêques sont consacrés, et tous prêtent serment de fidélité au Concordat. M. de Pancemont est nommé évêque au siège de Vannes, en signe de gratitude pour sa participation aux négociations délicates du Concordat.

Pour Mme Molé, le tournant de sa vie est proche. Sa dernière fille Félicité, ayant pris mari, son cœur de mère est tranquille.

Qu’allez-vous faire de moi demande-t-elle à son directeur spirituel devenu évêque. « Vous me suivrez à Vannes, j’ai besoin de vous »

La Maison du Père Eternel à Vannes

facade maison mere

Avril 1803. Mme Molé arrive à Vannes. Mgr de Pancemont lui présente la vieille bâtisse délabrée qu’il a acquise en vue de l’œuvre qu’il souhaite lui confier. C’est la maison du Père Eternel ainsi appelé parce qu’un bas-relief représentant le Père du ciel est sculpté sur la porte d’entrée. Cette maison jadis achetée au temps de la Réforme par Jeanne Quélen, pour être un lieu de prières, était devenue pendant la Révolution, le théâtre de la débauche des marins et des soldats qui y amenaient là de pauvres filles.

Mme Molé prend tout en main, avec l’aide de quelques dames dévouées venues des environs de Vannes. Sa mission consiste à donner une éducation aux petites filles malheureuses de Vannes, qui lui sont confiées. L’instruction est le plus grand service de charité que l’on peut rendre à ces enfants pauvres dit-elle, car rien ne doit être négligé pour développer l’intelligence, ouvrir leur esprit à la lumière et former leur raison ». Pour elle l’intelligence est, en chaque homme, le reflet de Dieu.

Le 21 novembre 1803, en la fête de la Présentation de Marie au Temple, elle est officiellement nommée supérieure la Maison en présence de Mgr de Pancemont.

Educatrice dans le respect et la bonté

Elle fait installer des ateliers de tissage mécanique pour la filature du coton, le travail de la laine et la fabrication des dentelles, car Mme Molé a le goût du progrès et rêve de faire de ces ateliers des modèles du genre. C’est un succès ! On se bouscule pour admirer le travail accompli et surtout pour voir la transformation sociale des filles. « Les enfants changent à vue d’œil ». On parle du Père Eternel dans toute la région, et d’autres villes qui veulent à leur tour avoir une pareille maison d’éducation sociale la sollicitent pour obtenir des renseignements.

Ce qu’elle exige avant tout des éducatrices, c’est le respect et la bonté, car il faut dit-elle réparer le malheur qui a été subi. « Lorsque vous les reprenez de leurs fautes, n’élevez pas la voix, ayez soin de ne jamais les humilier, étudiez leur caractère et efforcez-vous de gagner leur confiance. Pour élever des enfants il faut autre chose que la piété. »

Décès de Mgr de Pancemont

Le 5 mars 1807, Mgr de Pancemont meurt épuisé des suites d’une hémorragie cérébrale sans doute due au stress de sa mission pastorale : il fallait apaiser, réconcilier les partisans d’un bord et de l’autre et manœuvrer sans cesse avec les autorités préfectorales elles-mêmes tiraillées avec les ordres venus de Paris. Personne en effet n’avait oublié l’épisode de Quiberon, au cours duquel les insurgés bretons commandés par Cadoudal avaient tenté d’inverser le cours de la Révolution.

La mort de Mgr de Pancemont est une immense douleur pour Mme Molé, car auprès de lui les conseils ne lui avaient jamais manqué. Elle est désespérée et elle pense à tout arrêter pour rentrer à Paris et retrouver sa vie d’avant, ses enfants, ses amis.

C’est un dur combat spirituel qu’elle va mener pour arriver à prendre une décision droite. Toute sa vie elle se souviendra de la tentation de fuir qui l’a submergée. Nous lecteurs, nous aimons cette madame Molé si fragile et humaine, en proie aux tentations comme nous. Les saints en effet ne sont pas faits d’une autre argile que nous, ils sont capables des mêmes doutes et des mêmes passions que nous.

Fondatrice de Maisons de Charité

En 1808 elle fonde une deuxième maison de charité à Auray.

On reste confondu par le travail qu’elle accomplit désormais. Affermie dans sa spiritualité elle devient à son tour « maîtresse spirituelle ». Il faut dire qu’elle a engrangé depuis 20 ans des richesses théologiques admirables, dans la lecture quotidienne de l’ Ecriture Sainte et la fréquentation assidue des Pères de L’Eglise. En outre son expérience de femme, d’épouse et de mère lui a fait faire le tour du cœur humain.

Ses conférences abordent des thèmes inédits comme celui du silence. « Plus on se répand au dehors, plus on est pauvre au-dedans. », ou d’autres plus conventionnels comme celui du temps qui passe «  vivez chaque jour comme si c’était le dernier ». Mais elle exhortait le plus souvent à la conversion du cœur. « Il ne suffit pas de dire, je veux devenir meilleur, je veux me corriger, il faut retourner son cœur, car Dieu nous juge sur nos œuvres et non sur nos sentiments ».

Elle s’applique à elle-même ces vigoureuses exhortations.

Oser le désir d'aimer

Le 15 octobre, jour de la fête de Sainte Thérèse d’Avila alors qu’elle priait profondément, elle comprit que Dieu lui demandait de s’oublier totalement pour parvenir à l’union totale de son Amour. Trois jours plus tard elle écrit dans son cahier spirituel :

 Mon Père, je ne dirai pas que j’aime, mais j’oserai vous dire que je suis consumée du désir d’aimer. »

Oser le désir d’aimer, c’est là un vœu de charité qui ouvre en elle une vie nouvelle. Elle a le sentiment que toute sa vie devient un don. Elle s’abandonne définitivement dans les bras de Dieu, en lui offrant tout ce qu’elle a de plus cher : ses enfants, sa famille, ses objets personnels desquels elle se détache physiquement et définitivement. Le chemin de l’humilité sera son chemin à elle. Jésus m’a tout demandé, je lui ai tout promis, tout donné.

A la fin de l’année 1811, Paris brille de mille feux, mais la situation de l’Eglise est grave. Depuis que le pape est prisonnier, des cardinaux sont en exil, et des diocèses sont sans évêques.

A Vannes la misère est générale.

Le Conseil municipal de séance en séance ne cesse de gémir : délabrement des édifices, malpropreté des rues, encombrement du port, les hospices regorgent : presque six cents indigents sont à la charge de la ville.

Au Père Eternel, les enfants malheureux affluent et Mme Molé n’a pas le courage d’en refuser un seul. Alors elle économise tout ce qu’elle peut sur son train de vie. Elle se débat pour faire vivre cette maison dont elle a la charge. Il faut continuer à acheter du coton pour faire tourner les ateliers. Elle a la certitude que Dieu ne l’abandonnera pas. « Je garderai toutes mes petites filles, quand même je devrais vendre ma dernière pantoufle. »

Administrer deux maisons, celle de Vannes et celle d’Auray n’est pas de tout repos. Mais elle n’abdique pas. Elle visite régulièrement les ateliers, les écoles, le noviciat. Elle fait le catéchisme du dimanche. Elle s’enquiert de tout : la bonne mine des petites filles, leur moral, leur progrès. Elle visite aussi l’infirmerie, change le linge des malades et refait les pansements.

A ce rythme sa santé restée fragile depuis l’épisode de la Terreur, ne tient pas bien. Il lui faut de plus en plus souvent garder la chambre, et quelle chambre ! le vent s’y engouffre par les fenêtres mal jointes et le toit laisse passer les grosses averses.

La guerre civile et la bataille de Quiberon

Mais la guerre civile entre les Patriotes et les Royalistes n’est pas finie. L’étourdissante Aventure des Cents Jours, ravive les plaies, une tentative d’insurrection enflamme toute la région d’Auray, et le Couvent du Père Eternel sur les rives du Loch se trouve en plein centre de la lutte : porte enfoncée à coups de crosse, bousculade des religieuses, destructions des ateliers, profanation de la sacristie.
Au matin, la ville d'Auray ramasse ses blessés, avec l’aide de toute la population. La guerre civile se prolonge un mois encore. On se bat à Locmariaquer, à Plescop, et jusque dans le faubourgs de Vannes. Mais un dernier sursaut patriotique met fin à la guerre fratricide. Le lendemain, on chante à Saint Patern le Te Deum, comme un chant d’Eglise et chant de guerre. Le soir dans une liesse générale chouans et soldats impériaux trinquent et dansent des ridées endiablées.

Une nouvelle Congrégation 

La paix revenue, Mme Molé qu’on appelle désormais Mère Saint Louis, se préoccupe de faire reconnaître par Rome les constitutions officielles de sa Congrégation.

Le 1er mars 1816, parait l’ordonnance royale : les établissements d’éducation gratuite et de charité, légalement fondés à Vannes et à Auray par Mme Molé de Champlâtreux, sont confirmés. Les religieuses qui les dirigent prendront la dénomination de Sœurs de la Charité de Saint-Louis.statue stlouis

Ce nom de Saint-Louis, elle l’a choisi avec Mgr de Pancemont il y a 20 ans, pour être protecteur de son œuvre. Il était son patron, le patron de cette France chrétienne qu’elle avait vu ravagée.

A sa Congrégation qui doit œuvrer en pleine pâte humaine elle donne pour guide le saint qui offrit le plus le plus bel exemple d’une vie engagée dans le temporel. « Un mystique qui gardait les deux pieds sur terre, rayonnait des plus belles vertus humaines : loyauté, courage, sens de l’honneur, équité, franchise et délicatesse. Un mystique dont la foi intrépide s’engageait dans les actes les plus simples et dans le devoir de chaque jour. »

Mais ce qu’elle veut surtout donner à ses filles, c’est la charité qui produit l’amour. C’est pourquoi elle ajoute Saint Louis au mot Charité pour lui donner une résonance particulière, saint Louis doit être le sceau imprimé fortement dans sa Congrégation voué à la charité. Tendre amour du Christ, des enfants des pécheurs, charité de saint Louis !

Précarité mais charité

L’autorisation officielle n’empêche pas la situation de la petite Congrégation d’être bien précaire. Matériellement les ressources sont insuffisantes. Le marasme des affaires ruine ses pauvres ateliers. Les denrées sont de plus en plus chères. Les commandes manquent. A Vannes le nombre d’enfants trouvés est considérable. Pourtant il faut vivre. Au Père Eternel de Vannes : 35 religieuses, 150 enfants dont 50 pensionnaires. Mme Molé porte tout devant Dieu dans ses prières.

Mais l’âge les infirmités rendent de plus en plus pénibles le poids de sa charge. Elle voudrait prendre la « dernière place » dans la maison pour pouvoir obéir elle qui n’a eu qu’a commander. Mais si sa place est au Père-Eternel ce ne peut être qu’à la tête, pour en assumer toutes les charges, tant que l’œuvre aura besoin d’elle c'est-à-dire jusqu’à sa mort.

Jusqu'au bout

Et elle n’arrête pas, en 1816 elle ouvre à Pléchâtel une maison de Charité, et en 1818 une maison de retraite spirituelle à Auray, puis en 1820 un noviciat à Saint Gildas de Rhuys. Comme Thérèse d’Avila elle fonde, elle bâtit dans la Charité et dans la confiance. Tout est pour Dieu.

Le 4 mars 1821, entourée des enfants de son âme, « ses filles bien-aimées », elle meurt paisiblement comme un enfant qui s’endort sur le sein de sa mère. La nouvelle court à travers tout Vannes. La foule se presse dans la chapelle du Père-éternel pour voir la sainte, et c’est dans la chapelle du Grand Séminaire qu’ont lieu les obsèques.

Aujourd’hui encore Mme Molé repose dans la chapelle du jardin du Père-Eternel de Vannes.

C’est un lieu de silence et de paix où il fait bon méditer sur le destin de cette grande âme qui a eu la générosité de se donner à Dieu et aux autres.

Aujourd'hui

Près de deux siècles plus tard, la Congrégation des Sœurs de la Charité de Saint-Louis compte 145 maisons : en France, Angleterre, Canada, Etats-Unis, Haïti, Madagascar etc. …

Madame Molé reste bien vivante, au milieu de ses filles, avec son intelligence rayonnante et son cœur généreux. Pour Vannes, elle est une grande dame de cœur et de prières. Nous pouvons sans crainte la prier avec Vincent Ferrier et Pierre-René Rogue, ce martyr de la Révolution mort à l’échafaud en 1795 comme le fut son époux.

Heureux sommes-nous à Vannes d’avoir ces ardents témoins de la foi.

Jeannine Antoine

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