Le Cardinal Amato, assisté du Cardinal Poupard et de Mgr Centène, a conféré à Louise-Elisabeth de Lamoignon, veuve Molé et en religion, Mère Saint-Louis le titre de bienheureuse au cours d'une célébration émouvante qui s'est déroulée sur le parvis du Port de Vannes le 27 mai 2012, en la fête de la Pentecôte.
Cet évènement extraordinaire mérite que l'on relise la biographie de cette "grande dame", dont l'itinéraire de vie ne fut, ni simple, ni ordinaire. Voici donc à grands traits, une synthèse rédigée à partir du livre de Paula Hoesl (éditions SPES 1958).

L’enfance de Louise-Elisabeth de Lamoignon

mme mole jeune

Marie-Louise Elisabeth de Lamoignon,
jeune fille

Marie-Louise Elisabeth de Lamoignon nait le 7 octobre 1763 à Paris, son père est alors Garde des Sceaux de la France sous Louis XVI. Elle a trois sœurs et 4 frères. Elevée dans une famille aristocratique, elle reçoit une bonne instruction.

« Tenez-vous droite » est, à l’époque, le premier mot de l’éducation des petites filles. A 7 ans elle écoute plus qu’elle ne parle, dit sa mère qui tient salon et reçoit des grands de ce monde. Louise-Elisabeth côtoie ainsi les meilleurs intellectuels de Paris qui lui assurent une puissance de travail dans la rigueur d’une pensée juste.

A 15 ans elle est demandée en mariage par son cousin François-Edouard Molé qui a 19 ans. Elle n’a pas à dire oui ou non, mais elle considère que ce fut un bon choix. « Mes parents m’unirent à l’homme le plus vertueux et le meilleur qui soit »

Comtesse Molé est un beau nom, auquel est associé une grosse fortune celle des Champlâtreux. Bien vite la maternité l’épanouit. Entre 1781 et 1789 elle met au monde 4 enfants dont 2 seulement arriveront à l’âge adulte : Louis-Mathieu et Félicité.

La vie mondaine de Madame Molé de Champlâtreux

Dans le Paris de l’époque la mode est à la charité depuis que Vincent de Paul, aidé de Louise de Marillac a ouvert des orphelinats ; mais les philosophes préfèrent parler de philanthropisme.

La vie de Madame Molé est mondaine. Les honneurs, les richesses, les biens temporels, tout concourt à mettre entre parenthèses l’éducation religieuse qu’elle a reçue. La vie est là avec ses douceurs, ses mille tentations dans une société riche et oisive. La capitulation lente de sa conscience, la descente insensible dans l’obscurité de la médiocrité la rend sourde à la voix intérieure. Mais peu à peu elle comprend que les richesses et les honneurs ne sont que des ombres qui, au lieu de rassasier, irritent les passions sans jamais procurer le bonheur. Plus tard en relisant sa vie, Louise-Elisabeth avouera que cette époque de sa vie fut un désastre spirituel.

1789, Révolution française et conversion spirituelle.

En 1789, la Révolution française sème le trouble à Paris et les incidents se multiplient avec leur cortège de violences. M. de Lamoignon, le père de Louise-Elisabeth est assassiné.

mgr de pancemontLe 21 septembre 1790, mue par une voie intérieure, Louise-Elisabeth pousse la porte de l’église saint Sulpice où un nouveau curé vient d’arriver, M. de Pancemont. Elle s’agenouille dans un confessionnal. Elle y entre pécheresse elle en ressort convertie à l’Amour de Dieu retrouvé. Après cette conversion, rien ne pourra désormais la séparer de l’amour de Dieu. Pourtant les épreuves qui l’attendent seront dures et cruelles. La naissance d’une petite Louise en 1791, la comble de joie, malgré le climat délétère qui règne à Paris.

Hiver 1792, il fait moins 18°: miséreux, pauvres hères, vagabonds, mendiants se pressent dans les rues. La vie est impitoyable. Louise-Elisabeth qui retrouve l’ardeur de la prière, change de style de vie. Elle abandonne la coquetterie vestimentaire de l’aristocratie et adopte une tenue simple dépourvue de tous bijoux. Son mari se moque un peu d’elle « Vous ressemblez à une soubrette, mais votre beauté n’en est pas altérée. »

La transformation spirituelle de madame Molé n’est pas une façade. Aussi puisque l’amour vit de partage, son époux François-Edouard en reçoit l’usufruit puisque l’amour de Dieu est fait pour sceller l’amour humain.

1792, les Saturnales de l’horreur commencent. Louise-Elisabeth a 29 ans. Les queues d’affamés s’agglutinent toujours aux portes des boutiques, on manque de pain de sucre de savon. En 1793, le trône royal est abattu. La Comité de Salut public sème sa terreur et les insurrections se succèdent. Les périls sont grands pour les aristocrates. La famille Molé refuse de fuir en Angleterre car on n’emporte pas sa Patrie à la semelle de ses souliers.

La souricière des insurgés se referme sur eux ; le couple est arrêté et emprisonné. Louise-Elisabeth tombe malade et frôle la paralysie, ses jambes ne la portent plus. Quelques jours plus tard elle est libérée tandis que de la fenêtre de sa prison François-Edouard voit passer les charrettes qui conduisent les prisonniers vers la Guillotine. Il reconnaît des visages amis. Malgré les lettres de supplications de son épouse, son tour arrive bientôt.
1794, un après-midi du 20 avril, jour de Pâques, il monte à l’échafaud grave et résigné. Son épouse le crucifix dans les mains a passé toute la nuit en agonie dans les larmes et les prières. Veuve à 30 ans, ce soir-là elle fait le vœu de se consacrer à Dieu.

Douleur et chagrin, faim et misère, isolement

Mais le choc est trop brutal, Louise-Elisabeth croit mourir de chagrin. Son fils ainé Mathieu prend la direction des choses malgré son jeune âge, il a 12 ans. Il voit arriver les commissaires du Peuple chargés de l’inventaire de l’hôtel familial des Molé devenu propriété de la Nation. On s’éloigne d’eux comme des pestiférés. Louise-Elisabeth contrainte de quitter son logement réquisitionné, réussit à trouver une mansarde lugubre au troisième étage sous les toits, sans meubles sans argent et avec pour tout bagage une mauvaise paire de draps. Elle découvre à son tour la misère, la faim et le manque. Pourtant au milieu des ces terribles épreuves, et des plus dures afflictions, elle ressent la fournaise du cœur de Dieu qui ne l’abandonne pas. Elle dit : « je sens bien qu’une puissance surnaturelle agit en moi. ».

Quelques temps en plus tard, en 1795 une période de paix s’annonce pour la famille Molé. Grâce aux démarches faites par M. Martin elle part au château de Méry-sur-Oise qu’on lui a restitué. M. Martin deviendra un ami de la famille et le précepteur de Mathieu.

L’histoire continue, la chute de Robespierre fait passer un souffle d’allégresse dans Paris. Partout l’église traquée sort des ses cachettes. La loi Nivôse rétablissant la liberté des cultes, provoque une renaissance religieuse en raz de marée. Les oratoires se multiplient trop petits pour la ferveur des fidèles.

Mais les prêtres réfractaires, (qui ont refusé de prêté serment à la constitution) restent toujours menacés et se cachent. M. de Pancemont profite du temps que son isolement lui impose pour réfléchir. Car il sait, grâce à l’optimisme de sa foi, que la tourmente passera et qu’il faudra bien un jour tout restaurer dans le Christ. Devenu directeur spirituel de Mme Molé sa fidèle paroissienne, il voit déjà en elle une âme exceptionnelle capable de conduire d’autres personnes dans les voies de la sainteté.

Devant la misère humaine et morale qui s’étale autour d’elle, Louise-Elisabeth prie. « Mon pays m’a persécutée et je l’ai haï, dit-elle. Mais mon cœur a puisé dans l’amour du Christ une soif dévorante de pardon. » Elle poursuit en disant : « Je donnerai ma vie pour aimer ». Cette générosité est déjà le ruissellement de la charité du Christ.

D’une manière inattendue, la Convention lui vient en aide. La loi Prairial restitue aux familles des condamnés leurs biens mis sous séquestre. Heureuse pour ses enfants elle entrevoit dès lors la possibilité de se libérer des soucis de l’intendance quotidienne.

Renaissance entre les bras de Dieu

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Mme Molé, religieuse

Au cours de l’été 1795, M. de Pancemont adresse à Mme Molé une liasse de documents sur les Ordres religieux et monastiques depuis les origines, en lui demandant d’y puiser, avec la grâce de l’Esprit-Saint des idées en vue de fonder une institution religieuse adaptée au monde de son temps. Elle se jette dans ce travail avec ardeur, mais comme c’est Dieu seul qui donne la Lumière, elle doit à maintes reprises reprendre ses recherches, avec l’aide de son maitre spirituel qui exige d’elle un ajustement constant à la grâce. Cette institution doit servir la gloire de Dieu et non pas ses ambitions personnelles.

La Convention révolutionnaire tire à sa fin avec de nouvelles élections qui surexcitent les esprits et les espoirs des royalistes qui ne veulent toujours pas se résoudre à abdiquer. Mme Molé rentrée à Paris s’abonne au Courrier Républicain qu’elle n’hésite pas à faire lire à son curé M. de Pancemont. Petit à petit la frayeur n’a plus d’emprise sur elle. Pourtant le décès de sa petite dernière Louise âgée de 4 ans la submerge de chagrin, mais sans repli sur elle-même.

Elle reste ouverte à toutes les détresses qui frappent à sa porte. « Dieu est un ouvrier invisible Il agit sans qu’il y paraisse » La foi est le seul remède dans les temps de sécheresse. « Je dis la foi, et non le goût et non la raison et non les efforts. Je dis la foi toute nue, par laquelle notre âme se met entre les bras de Dieu. » Sans l’aide et la rigueur de M. de Pancemont elle se serait égarée dans une fausse spiritualité.

Les mois passent, Mathieu âgé de 15 ans se marie avec Caroline de la Briche, mais ce sera un mariage houleux, qui inquiètera sa mère toute sa vie.

Le Concordat, la paix civile retrouvée

Le dimanche de Pâques 1802, le bourdon de Notre Dame muet depuis plus de 10 ans s’ébranle dans le ciel de Paris. Les gens sortent des maisons pour mieux l’entendre, s’embrassent dans les rues, les larmes aux yeux dans la joie de la résurrection du Christ et de l’Eglise de France. Tout monde court à la cathédrale où un Te Deum va être chanté en l’honneur de la ratification du Concordat. Les troupes rangées le long des quais attendent l’arrivée du Premier Consul Bonaparte. L’immense vaisseau de Notre Dame enfin retrouve vie. Au cours de la première semaine, vingt sept évêques sont consacrés, et tous prêtent serment de fidélité au Concordat. M. de Pancemont est nommé évêque au siège de Vannes, en signe de gratitude pour sa participation aux négociations délicates du Concordat.

Pour Mme Molé, le tournant de sa vie est proche. Sa dernière fille Félicité, ayant pris mari, son cœur de mère est tranquille.

Qu’allez-vous faire de moi demande-t-elle à son directeur spirituel devenu évêque. « Vous me suivrez à Vannes, j’ai besoin de vous »

La Maison du Père Eternel à Vannes

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Façade de la Maison du Père Eternel aujourd'hui

Avril 1803. Mme Molé arrive à Vannes. Mgr de Pancemont lui présente la vieille bâtisse délabrée qu’il a acquise en vue de l’œuvre qu’il souhaite lui confier. C’est la maison du Père Eternel ainsi appelé parce qu’un bas-relief représentant le Père du ciel est sculpté sur la porte d’entrée. Cette maison jadis achetée au temps de la Réforme par Jeanne Quélen, pour être un lieu de prières, était devenue pendant la Révolution, le théâtre de la débauche des marins et des soldats qui y amenaient là de pauvres filles.

Mme Molé prend tout en main, avec l’aide de quelques dames dévouées venues des environs de Vannes. Sa mission consiste à donner une éducation aux petites filles malheureuses de Vannes, qui lui sont confiées. L’instruction est le plus grand service de charité que l’on peut rendre à ces enfants pauvres dit-elle, car rien ne doit être négligé pour développer l’intelligence, ouvrir leur esprit à la lumière et former leur raison ». Pour elle l’intelligence est, en chaque homme, le reflet de Dieu.

Le 21 novembre 1803, en la fête de la Présentation de Marie au Temple, elle est officiellement nommée supérieure la Maison en présence de Mgr de Pancemont.

Educatrice dans le respect et la bonté

Elle fait installer des ateliers de tissage mécanique pour la filature du coton, le travail de la laine et la fabrication des dentelles, car Mme Molé a le goût du progrès et rêve de faire de ces ateliers des modèles du genre. C’est un succès ! On se bouscule pour admirer le travail accompli et surtout pour voir la transformation sociale des filles. « Les enfants changent à vue d’œil ». On parle du Père Eternel dans toute la région, et d’autres villes qui veulent à leur tour avoir une pareille maison d’éducation sociale la sollicitent pour obtenir des renseignements.

Ce qu’elle exige avant tout des éducatrices, c’est le respect et la bonté, car il faut dit-elle réparer le malheur qui a été subi. « Lorsque vous les reprenez de leurs fautes, n’élevez pas la voix, ayez soin de ne jamais les humilier, étudiez leur caractère et efforcez-vous de gagner leur confiance. Pour élever des enfants il faut autre chose que la piété. »

Décès de Mgr de Pancemont

Le 5 mars 1807, Mgr de Pancemont meurt épuisé des suites d’une hémorragie cérébrale sans doute due au stress de sa mission pastorale : il fallait apaiser, réconcilier les partisans d’un bord et de l’autre et manœuvrer sans cesse avec les autorités préfectorales elles-mêmes tiraillées avec les ordres venus de Paris. Personne en effet n’avait oublié l’épisode de Quiberon, au cours duquel les insurgés bretons commandés par Cadoudal avaient tenté d’inverser le cours de la Révolution.

La mort de Mgr de Pancemont est une immense douleur pour Mme Molé, car auprès de lui les conseils ne lui avaient jamais manqué. Elle est désespérée et elle pense à tout arrêter pour rentrer à Paris et retrouver sa vie d’avant, ses enfants, ses amis.

C’est un dur combat spirituel qu’elle va mener pour arriver à prendre une décision droite. Toute sa vie elle se souviendra de la tentation de fuir qui l’a submergée. Nous lecteurs, nous aimons cette madame Molé si fragile et humaine, en proie aux tentations comme nous. Les saints en effet ne sont pas faits d’une autre argile que nous, ils sont capables des mêmes doutes et des mêmes passions que nous.

Fondatrice de Maisons de Charité

En 1808 elle fonde une deuxième maison de charité à Auray.

On reste confondu par le travail qu’elle accomplit désormais. Affermie dans sa spiritualité elle devient à son tour « maîtresse spirituelle ». Il faut dire qu’elle a engrangé depuis 20 ans des richesses théologiques admirables, dans la lecture quotidienne de l’ Ecriture Sainte et la fréquentation assidue des Pères de L’Eglise. En outre son expérience de femme, d’épouse et de mère lui a fait faire le tour du cœur humain.

Ses conférences abordent des thèmes inédits comme celui du silence. « Plus on se répand au dehors, plus on est pauvre au-dedans. », ou d’autres plus conventionnels comme celui du temps qui passe «  vivez chaque jour comme si c’était le dernier ». Mais elle exhortait le plus souvent à la conversion du cœur. « Il ne suffit pas de dire, je veux devenir meilleur, je veux me corriger, il faut retourner son cœur, car Dieu nous juge sur nos œuvres et non sur nos sentiments ».

Elle s’applique à elle-même ces vigoureuses exhortations.

Oser le désir d'aimer

Le 15 octobre, jour de la fête de Sainte Thérèse d’Avila alors qu’elle priait profondément, elle comprit que Dieu lui demandait de s’oublier totalement pour parvenir à l’union totale de son Amour. Trois jours plus tard elle écrit dans son cahier spirituel :

 Mon Père, je ne dirai pas que j’aime, mais j’oserai vous dire que je suis consumée du désir d’aimer. »

Oser le désir d’aimer, c’est là un vœu de charité qui ouvre en elle une vie nouvelle. Elle a le sentiment que toute sa vie devient un don. Elle s’abandonne définitivement dans les bras de Dieu, en lui offrant tout ce qu’elle a de plus cher : ses enfants, sa famille, ses objets personnels desquels elle se détache physiquement et définitivement. Le chemin de l’humilité sera son chemin à elle. Jésus m’a tout demandé, je lui ai tout promis, tout donné.

A la fin de l’année 1811, Paris brille de mille feux, mais la situation de l’Eglise est grave. Depuis que le pape est prisonnier, des cardinaux sont en exil, et des diocèses sont sans évêques.

A Vannes la misère est générale.

Le Conseil municipal de séance en séance ne cesse de gémir : délabrement des édifices, malpropreté des rues, encombrement du port, les hospices regorgent : presque six cents indigents sont à la charge de la ville.

Au Père Eternel, les enfants malheureux affluent et Mme Molé n’a pas le courage d’en refuser un seul. Alors elle économise tout ce qu’elle peut sur son train de vie. Elle se débat pour faire vivre cette maison dont elle a la charge. Il faut continuer à acheter du coton pour faire tourner les ateliers. Elle a la certitude que Dieu ne l’abandonnera pas. « Je garderai toutes mes petites filles, quand même je devrais vendre ma dernière pantoufle. »

Administrer deux maisons, celle de Vannes et celle d’Auray n’est pas de tout repos. Mais elle n’abdique pas. Elle visite régulièrement les ateliers, les écoles, le noviciat. Elle fait le catéchisme du dimanche. Elle s’enquiert de tout : la bonne mine des petites filles, leur moral, leur progrès. Elle visite aussi l’infirmerie, change le linge des malades et refait les pansements.

A ce rythme sa santé restée fragile depuis l’épisode de la Terreur, ne tient pas bien. Il lui faut de plus en plus souvent garder la chambre, et quelle chambre ! le vent s’y engouffre par les fenêtres mal jointes et le toit laisse passer les grosses averses.

La guerre civile et la bataille de Quiberon

Mais la guerre civile entre les Patriotes et les Royalistes n’est pas finie. L’étourdissante Aventure des Cents Jours, ravive les plaies, une tentative d’insurrection enflamme toute la région d’Auray, et le Couvent du Père Eternel sur les rives du Loch se trouve en plein centre de la lutte : porte enfoncée à coups de crosse, bousculade des religieuses, destructions des ateliers, profanation de la sacristie.
Au matin, Auray ramasse ses blessés, avec l’aide de toute la population. La guerre civile se prolonge un mois encore. On se bat à Locmariaquer, à Plescop, et jusque dans le faubourgs de Vannes. Mais un dernier sursaut patriotique met fin à la guerre fratricide. Le lendemain, on chante à Saint Patern le Te Deum, comme un chant d’Eglise et chant de guerre. Le soir dans une liesse générale chouans et soldats impériaux trinquent et dansent des ridées endiablées.

Une nouvelle Congrégation 

La paix revenue, Mme Molé qu’on appelle désormais Mère Saint Louis, se préoccupe de faire reconnaître par Rome les constitutions officielles de sa Congrégation.

Le 1er mars 1816, parait l’ordonnance royale : les établissements d’éducation gratuite et de charité, légalement fondés à Vannes et à Auray par Mme Molé de Champlâtreux, sont confirmés. Les religieuses qui les dirigent prendront la dénomination de Sœurs de la Charité de Saint-Louis.

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Statue de Saint Louis dans le jardin
du Père Eternel à Vannes

Ce nom de Saint-Louis, elle l’a choisi avec Mgr de Pancemont il y a 20 ans, pour être protecteur de son œuvre. Il était son patron, le patron de cette France chrétienne qu’elle avait vu ravagée.

A sa Congrégation qui doit œuvrer en pleine pâte humaine elle donne pour guide le saint qui offrit le plus le plus bel exemple d’une vie engagée dans le temporel. « Un mystique qui gardait les deux pieds sur terre, rayonnait des plus belles vertus humaines : loyauté, courage, sens de l’honneur, équité, franchise et délicatesse. Un mystique dont la foi intrépide s’engageait dans les actes les plus simples et dans le devoir de chaque jour. »

Mais ce qu’elle veut surtout donner à ses filles, c’est la charité qui produit l’amour. C’est pourquoi elle ajoute Saint Louis au mot Charité pour lui donner une résonance particulière, saint Louis doit être le sceau imprimé fortement dans sa Congrégation voué à la charité. Tendre amour du Christ, des enfants des pécheurs, charité de saint Louis !

Précarité mais charité

L’autorisation officielle n’empêche pas la situation de la petite Congrégation d’être bien précaire. Matériellement les ressources sont insuffisantes. Le marasme des affaires ruine ses pauvres ateliers. Les denrées sont de plus en plus chères. Les commandes manquent. A Vannes le nombre d’enfants trouvés est considérable. Pourtant il faut vivre. Au Père Eternel de Vannes : 35 religieuses, 150 enfants dont 50 pensionnaires. Mme Molé porte tout devant Dieu dans ses prières.

Mais l’âge les infirmités rendent de plus en plus pénibles le poids de sa charge. Elle voudrait prendre la « dernière place » dans la maison pour pouvoir obéir elle qui n’a eu qu’a commander. Mais si sa place est au Père-Eternel ce ne peut être qu’à la tête, pour en assumer toutes les charges, tant que l’œuvre aura besoin d’elle c'est-à-dire jusqu’à sa mort.

Jusqu'au bout

Et elle n’arrête pas, en 1816 elle ouvre à Pléchâtel une maison de Charité, et en 1818 une maison de retraite spirituelle à Auray, puis en 1820 un noviciat à Saint Gildas de Rhuys. Comme Thérèse d’Avila elle fonde, elle bâtit dans la Charité et dans la confiance. Tout est pour Dieu.

Le 4 mars 1821, entourée des enfants de son âme, « ses filles bien-aimées », elle meurt paisiblement comme un enfant qui s’endort sur le sein de sa mère.

La nouvelle court à travers tout Vannes. La foule se presse dans la chapelle du Père-éternel pour voir la sainte, et c’est dans la chapelle du Grand Séminaire qu’ont lieu les obsèques.

Aujourd’hui encore Mme Molé repose dans la chapelle du jardin du Père-Eternel de Vannes.

C’est un lieu de silence et de paix où il fait bon méditer sur le destin de cette grande âme qui a eu la générosité de se donner à Dieu et aux autres.

Aujourd'hui

Près de deux siècles plus tard, la Congrégation des Sœurs de la Charité de Saint-Louis compte 145 maisons : en France, Angleterre, Canada, Etats-Unis, Haïti, Madagascar etc. …

Madame Molé reste bien vivante, au milieu de ses filles, avec son intelligence rayonnante et son cœur généreux. Pour Vannes, elle est une grande dame de cœur et de prières. Nous pouvons sans crainte la prier avec Vincent Ferrier et Pierre-René Rogue, ce martyr de la Révolution mort à l’échafaud en 1795 comme le fut son époux.

Heureux sommes-nous à Vannes d’avoir ces ardents témoins de la foi.

Jeannine Antoine


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