I - Historique de leur construction

C'est en 1740, sous l'épiscopat de Monseigneur Antoine Fagon, que le Chapître de la Cathédrale décide de passer marché pour la création d'un nouvel orgue pour remplacer celui du XVIIe siècle devenu trop vétuste.

Autour de Marcellin Tribuot, le facteur d'orgues, sept personnes travaillent à la réalisation de la tribune et du buffet. Un architecte Pierre Bourgogne, un dessinateur, le sieur Renaud, un menuisier Guyot, un charpentier Thomazic, deux tourneurs sur bois, M. Pintier et Michel Housset et deux sculpteurs Jean Véniat et François-Joseph Lottembert.

Début des travaux en 1740

Les travaux commandés en 1740 seront terminés deux ans plus tard.

Deux équipes se partagent le travail : l'une s'occupe de la tribune, l'autre du buffet.

Pierre Bourgogne est chargé d'établir les plans et les devis de la tribune et de fournir les matériaux pour les supports des colonnes. On achète le bois à Lorient et un certain Dano fournit les poutres nécessaires pour la confection des colonnes. Celles-ci sont tournées par Pintier de même que leur base et leur chapiteau qui seront retravaillés par le menuisier Guyot. Le charpentier Thomazic scie et met en place les colonnes et les solives de la tribune. Guyot en façonne les panneaux d'appui ainsi que le plancher. C'est lui encore qui exécute le buffet dessiné par Renaud. Enfin Véniat et Lottembert, sculpteurs vannetais, réalisent le décor sculpté dont il sera question plus loin.

La Tribune

La tribune est soutenue par six colonnes doriques à fût lisse et chapiteau mouluré reposant sur des bases quadrangulaires maçonnées en granit, dont la partie supérieure est constituée d'une pierre plus large traitée en quart de rond, rebord et doucine avant de reprendre une forme carrée sous le tore de la colonne. Quatre de ces colonnes sont placées sous l'instrument, une de part et d'autre de la porte occidentale et deux sous le bord extérieur de la tribune. Les deux autres sont un peu en retrait par rapport aux précédentes et sont placées aux extrémités nord et sud à hauteur des premières chapelles latérales de la nef.

Le plan de la tribune est donc légèrement trapézoïdal.

Sa décoration est très sobre : divisée en deux par une corniche en ressaut, elle est composée pour la partie basse, ou entablement, d'une frise alternant triglyphes et métopes lisses et pour la partie haute, l'appui de la tribune, d'une série de panneaux moulurés, rectangulaires, horizontaux et verticaux.

Les buffets d'orgue

L'orgue est constitué de deux buffets : le positif et le grand orgue.

Le positif est placé en encorbellement au milieu de la tribune ; il comprend trois tourelles semi-circulaires de cinq tuyaux. La plus petite, placée au centre, est encadrée de deux plates-faces de cinq tuyaux également. La base des tourelles est ornée d'une grosse moulure se terminant sous chacune d'elle par un cul de lampe godronné terminé en pointe par une toupie. Leur sommet est couronné d'une large corniche moulurée sur laquelle repose une corbeille de fleurs. La mouluration des plates-faces descend vers la tourelle centrale en un mouvement chantourné très simple.

atlante droiteLe massif du grand-orgue est composé de trois niveaux de panneaux moulurés, carrés au niveau inférieur, rectangulaires horizontaux au niveau médian et rectangulaires verticaux au niveau supérieur. Les moulures des panneaux de ce niveau, les plus proches des grandes tourelles latérales sont incurvées vers le haut et celles des panneaux du centre vers le bas, laissant la place aux culs de lampe des tourelles centrales.

Au centre du massif s'ordonne, autour de la fenêtre de la console aujourd'hui fermée, panneaux rectangulaires et carrés alternés sur trois étages.

Deux sculptures cariatides

Epousant la forme renflée des joues du massif, deux sculptures monumentales soutiennent les grandes tourelles. Il s'agit des cariatides sculptées par Véniat et Lottembert.

Elles représentent des bustes d'Hercules surgissant d'une queue de poisson savamment enroulée et terminée à l'extrémité par une feuille d'acanthe. Les bustes sont ceints d'une dépouille de lion (le lion de Némée) dont on voie les pattes pendre au nœud de la ceinture. Leur tête est coiffée d'un turban, le bas du visage est couvert d'une barbe bouclée, les cheveux longs tombent en vagues sur le cou. Les personnages soutiennent à deux mains et avec la tête le poids fictif de la tourelle par l'intermédiaire d'une sorte de coussin qui est orné de deux petites toupies (il en manque une sous celui de gauche). Les torses sont puissamment musclés et les traits des visages sont sculptés avec énergie, l'expression de l'effort marquant profondément les yeux, les plis du front et de la bouche.

Ces cariatides font beaucoup penser dans leur facture, leurs proportions et le sujet même, aux figures de proue des navires, telles qu'on pouvait les voir au XVIIIe siècle dans les ports de Lorient ou de Brest.

L'étage de la tuyauterie reprend la disposition du positif, alternant tourelles et plates-faces ; il comprend cinq tourelles de cinq tuyaux et quatre plates-faces de sept tuyaux dont les bouches montent vers le centre, allant dans le sens inverse de la pente très accentuée de l'entablement des plates-faces.

La décoration est la même que celle du buffet et du positif. Seul le couronnement des tourelles diffère. Au centre, la plus petite sert de support à une grosse horloge à chiffres romains, dont le cadre est sculpté de motifs végétaux, une corniche supportant à droite et à gauche un petit pot à feu. Au-dessous de l'horloge un angelot joufflu a suspendu son vol et attire l'attention de sa main droite ; de la gauche il tend le doigt vers le cadran. C'est une figure du temps originale, le vieillard étant le personnage symbolique le plus habituellement représenté.

Les deux tourelles intermédiaires sont couronnées d'un pot à feu ventru à décor godronné.

La partie la plus haute de l'orgue est occupée par deux angelots musiciens qui triomphent au sommet des deux grandes tourelles. Ceints d'une large étoffe qui vole derrière eux, ils se tiennent debout et jouent l'un de la flûte traversière (à gauche) et l'autre du hautbois (à droite).

La simplicité de la composition de ce buffet, ponctuée par des éléments marquants de sculpture, met en valeur la tuyauterie de l'orgue. La conception d'ensemble est axée sur l'instrument et non sur la construction qui l'accompagne. Cependant, cette sobriété caractéristique du milieu du XVIIIe siècle est agrémentée par la liberté de création des sculpteurs qui ont ici fait preuve d'une grande maîtrise et d'un esprit inventif original.

Nathalie BONGRAND
Conservateur délégué des Antiquités et Objets d'Arts

2 - Les travaux de restauration

Classé Monument Historique le 18 juillet 1980, l'orgue a été restauré à l'identique. Ainsi, l'ensemble du matériel mis en place par Louis Debierre en 1896 a été conservé et seul un jeu de cornet est venu compléter la composition initiale du facteur d'orgues nantais.
Commencés au mois de février 1984, les travaux de restauration ont porté à la fois sur la partie instrumentale et sur le buffet de l'orgue, pour s'achever au mois d'octobre 1985.
Les trois tranches nécessaires à la remise en valeur de l'orgue ont demandé dix mois de travaux effectifs.

I - Première tranche : le démontage de l'instrument

II a été effectué par MM. Thibaud et Madigout à partir du 19 février 1984 après un concert qui marqua symboliquement la fin du vieil orgue Debierre.
Les 1837 tuyaux composant l'instrument furent déposés et les facteurs accompli¬rent le travail minutieux qui consista à nettoyer, réparer les tuyaux un à un, exceptés les tuyaux de façade qui attendront 1985 pour subir ce rajeunissement. En fait, les tuyaux romantiques, de très bonne qualité, n'avaient que très peu souffert et les facteurs durent simplement restituer certains jeux qui avaient pâti d'interventions antérieures malheureuses.
Cette première opération achevée, les tuyaux furent entreposés avec soin sur des étagères sur les côtés de la tribune.
Si le tuyau constitue la voix de l'orgue, les réservoirs d'air sont les poumons. Et un orgue ne parlera bien que s'il possède un bon vent.
Ainsi les grands réservoirs, les soufflets ont été ouverts et nettoyés ; leur parfaite étanchéité a été vérifiée et les peaux ont été réparées là où elles comportaient des fuites.
Ensuite les facteurs s'attaquèrent aux sommiers, composants essentiels de l'orgue. Le sommier est une sorte de boîte percée de trous dans sa partie supérieure et sur laquelle viennent se poser les tuyaux. C'est dans le sommier que se conjuguent les mécanismes et l'air sous pression pour faire parler le bon tuyau au bon moment selon la volonté de l'organiste.

En raison de leur excellent état, les sommiers, bien que maintenus en place, ont été à leur tour nettoyés, leurs soupapes et blocs électro-aimant démontés. Les facteurs craignaient qu'une dépose des sommiers et leur vérification en atelier ne leur soient préjudiciables, en raison d'une modification brutale du taux d'humidité par rapport à l'atmosphère de la cathédrale de Vannes.

Cette tranche achevée, MM. Thibaud et Madigout pouvaient alors entreprendre les travaux d'atelier pour la construction d'un jeu de cornet neuf, la préparation des nouveaux câbles électriques, la restauration des blocs pneumatiques, la réparation de certains tuyaux et la remise à neuf des claviers.

II - Deuxième tranche : la restauration du buffet et de la tribune

Entièrement financée par la Direction Régionale des Affaires Culturelles, cette remise en valeur a été effectuée, durant les mois de juillet et août 1984 par M. Jean Poilpré, ébéniste et restaurateur d'art de Saint-Quay-Portrieux, aidé de deux compa¬gnons.
Le travail de M. Poilpré devait restituer au beau buffet sa teinte d'origine. La première opération consista à supprimer par raclage et ponçage soignés les couches de vieux vernis, afin d'obtenir une homogénéité dans la teinte de l'ensemble. Désormais éclairci, le beau chêne révèle enfin la qualité des sculptures qui ornent le buffet.
En menuiserie, la réparation des parties ayant subi une dégradation entraîna la vérification des assemblages et le rechevillage des montants. Les manques en moulures et motifs sculptés ont été remplacés et exécutés à l'identique. Enfin, quatre couches de cire ont été nécessaires, pour obtenir après lustrage, l'aspect définitif souhaité.
La comparaison de l'ancien aspect du buffet, révélé par des photographies, à son état actuel, permet d'apprécier l'ampleur et la qualité du travail de restitution accompli par M. J. Poilpré et son équipe.
A la fin du XIXe siècle, on avait la triste habitude d'assombrir, d'une épaisse couche de peinture ou de vernis marron, les boiseries des siècles précédents qui paraissaient trop frivoles avec leurs marbres en trompe l'oeil, leurs pots-à-feu, leurs gerbes d'abondance et leurs angelots joufflus. Cette décoration ne correspondait plus à la conception d'une église sévère et austère qui sort de la révolution de 1789 avec une autre liturgie, une autre attitude religieuse. Des grandes liturgies à la gloire de Dieu dans sa plus grande expression, nous allons passer à une religion plus individualiste.
Rompant définitivement avec l'opulence, l'église adopte l'architecture du moyen-âge, repensée, et c'est l'avènement du style néo-gothique.

Le buffet de l'orgue de la cathédrale de Vannes n'échappa pas à la vague d'assombrissement et l'empoussièrement progressif amplifia le phénomène, de telle sorte qu'il devenait impossible d'apprécier les éléments du décor.

III - Troisième tranche : le remontage de la partie instrumentale

Au mois de mai 1985, les facteurs revinrent à la tribune de l'orgue pour mener à bien le remontage de l'instrument.
Cette dernière tranche comportait, entre autre, la restauration à l'identique systématique de tous les organes de transmissions entre les claviers et le matériel sonore. Ainsi tous les électro-aimants ont été vérifiés et remontés dans les layes. Par ailleurs, les trois-cent-soixantes soufflets de commande de notes et de jeux, après avoir été remis en peau, ont retrouvé leur place.
Ensuite les facteurs remontèrent la console et les claviers avec toute la mécanique et les contacts électriques existants dans ce type de transmission. Le rétablissement des transmissions comporta l'installation de plusieurs centaines de mètres de minuscules fils électriques correspondant à chaque touche des claviers et aux différents jeux de l'orgue.
Une fois réparés, les plus gros tuyaux de la montre 16 et de la montre 8 reprirent leur place, et la façade, ainsi remeublée, retrouva son aspect initial dès la fin juillet 1985. Ce remontage des grands tuyaux est la phase la plus spectaculaire de la restau¬ration et l'équipe s'étoffa alors de Roger Lelièvre.

Juste après, MM. Thibaud et Madigout procédèrent à l'installation des nouveaux sommiers du cornet, placés au centre du buffet juste dernière la façade.

Avant de remettre chaque tuyau à sa place, les facteurs firent la mise en vent des sommiers et la mise sous tension électrique des transmissions, afin de vérifier le bon fonctionnement de chaque traction de note et de chaque tirage des jeux. Il ne restait plus au facteur que le remontage progressif de la tuyauterie avec la mise en son. Cette ultime phase, la plus fatigante pour le facteur, s'accompagne d'une multitude d'opérations qu'il faut mener conjointement : accorder chaque tuyau, surveiller l'harmonisation, égaliser la puissance du son des tuyaux et régler la puissance des jeux les uns par rapport aux autres. Cette élaboration de la couleur sonore de l'instrument ne doit pas laisser de côté le réglage de la promptitude des attaques de chaque tuyau et l'ajustage de toute la mécanique de l'orgue.

Jean-Christophe AUGER


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