« Je suis doux et humble de cœur »

Il y a douceur et douceur pourrait-on dire.. . Douceur de vivre, douceur des vacances, douceur  mondaine, et douceur évangélique.  Le Seigneur est « doux et humble de cœur » (Mt 11), c’est à dire la « douceur même et l’humilité même ».

Qu’est ce que cela veut dire, la douceur évangélique ?

Commençons par ce que la douceur évangélique n’est pas.

En ouvrant le dictionnaire, on peut lire : «  Qualité de ce qui est doux ; agréable, sans heurts ». Or, la définition de la douceur évangélique n’a rien à voir avec celle du Larousse. Vous trouvez que l’Évangile est toujours agréable ? Vous trouvez que le Christ est sans heurts ? Non, ce n’est pas cela l’expérience chrétienne ! Au contraire, l’évangile est piquant, et le Christ nous bouscule sans cesse parce qu’il est un prophète. Il nous corrige, nous reprend, nous remet sur le droit chemin : « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge chaque jour de sa croix, et qu'il me suive ». Question douceur, on repassera … ! Et nous invite à une parole prophétique « Vous êtes le sel de la terre » (Mt 5). Il ne nous dit pas « vous êtes le miel de la terre ». La douceur du Larousse n’est donc pas la douceur évangélique !

Regardons maintenant de plus près à qui le Seigneur révèle sa douceur.

A « vous tous qui peinez sous le poids du fardeau » (Mt 11). La douceur n’est  pas un cadeau que le Seigneur fait à chacun, mais en particulier à ceux qui littéralement « sont fatigués, et qui sont courbés sous le poids du fardeau »

A ceux qui sont fatigués par le travail, la peine et la souffrance, comme Pierre au retour de pêche : « Maître, nous avons fatigué toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ta parole, je jetterai le filet. » ( Lc 5). N’est ce pas aussi notre cas, après que nous ayons servi, accueilli, aidé jusqu’au bout de nos forces. A ceux là, le Seigneur montre sa douceur

A ceux qui sont courbés sous le poids du fardeau. « Malheur à vous aussi, docteurs de la loi ! parce que vous chargez les hommes de fardeaux difficiles à porter » (Lc 11) . Même si aujourd’hui on peut dire que le poids des 613 commandements de la torah ne pèse plus sur nous, il y a bien d’autres esclavages modernes que vous connaissez et dont  nous pouvons êtres les victimes. A ceux là, le Seigneur montre sa douceur.

Alors qu’est ce que la douceur évangélique ?

On pourrait dire qu’elle tient dans cette invitation : « Prenez sur vous mon joug » (Mt 11). Le Seigneur présente à ceux-là son épaule solide et virile, telle une pièce de poids qui nous relève et nous aide à porter ce qui est trop lourd pour nous. La douceur du Christ est cette épaule penchée pour relever celui qui peine. Comment ne pas penser à cette peinture de Van Gogh, représentant ce bon samaritain portant un homme blessé et fatigué « sur sa propre monture » Lc 10.

Dans le monde on vit trop souvent la douceur comme une attitude mondaine de faiblesse envers les puissants et les forts. Pour l’évangile c’est tout l’inverse, la douceur est une force et une puissance envers les faibles.

Père Antoine Le Garo